Introduction
Comment les hommes prennent-ils contact avec des hommes d'autres cultures ou d'autres pays ? Comment vont-ils à la rencontre des autres ? Quels sont les obstacles, malentendus et enjeux de ces rencontres ? Quels sont leurs points communs, comment peuvent-ils s'entendre, échanger et apprendre les uns des autres ?
Il y a de nombreuses façons d'aller à la rencontre les uns des autres : par le commerce, par l'échange de connaissances scientifiques, par les prétentions au pouvoir et les actions belliqueuses mais également grâce à l'art - grâce à l'envie de connaître d'autres cultures.
Nous racontons l'histoire de Zheng He, le plus grand explorateur chinois au travers des hommes qu'il a rencontrés et écoutés. Dans chacun des pays où il s'est rendu, il a laissé un récit ou une anecdote et chacune de ces histoires retraçant les thèmes principaux de son voyage est racontée par un personnage différent à chaque fois dans une nouvelle scène. Le récit utilise peu de mots et met en scène de nombreuses impressions visuelles dans une forme d'expression théâtrale complètement nouvelle combinant et intégrant théâtre de marionnettes, film d'animation et musique.
Arrière-plan historique
Entre 1405 et 1433 l'amiral chinois Zheng He dirigea sept grandes expéditions exploratrices dans le Pacifique et dans tout l'océan Indien. Ses voyages d'exploration le conduisirent en Indochine, Indonésie, aux Indes et sur les côtes arabes jusqu'en Afrique - et cela 90 ans avant Christophe Colomb et Vasco de Gama.
La flotte chinoise était si puissante et ses bateaux tellement grands que ceux des Européens auraient eus l'air de coquilles de noix à côté : plus de 300 navires dont les plus grands mesuraient 120 mètres de longueur qui étaient quatre fois plus longs que ceux des Européens et dont les neufs mâts étaient surmontés d'une voile rouge symbole de la puissance de l'empereur chinois.
La Chine développa sa flotte impériale avant le début des temps modernes afin d'accroître l'influence de son pouvoir, mais non pas dans le but de conquérir de nouveaux territoires, mais plutôt pour échanger, encourager l'économie et le commerce et surtout collecter des informations sur les pays étrangers, acquérir de nouvelles connaissances scientifiques dans le domaine de la botanique, de la médecine et de la technique - et également agrandir ses routes maritimes et tisser de nombreuses relations avec d'autres cultures.
Transposition
Les récits de voyage de Zheng He sont connus de tous les enfants chinois et même dans les pays de langue arabe sous la cacographie de son nom initial Ma Sanbao“ en „Sinbad“ (le marin) mais restent largement inconnus en Europe.
Ce qui nous intéresse surtout dans l'histoire de Zheng He, c'est la façon dont des hommes de cultures, de langues et coutumes différentes peuvent aller à la rencontre les uns des autres, se comprendre et communiquer ensemble.
Sur quels thèmes échangent-ils, comment se comprennent-ils ?
Ce n'est pas Zheng He qui est au centre du récit mais les personnages qu'il a rencontrés et écoutés. Chacune des scènes se déroule selon le point de vue d'un personnage différent.
Un historiographe chinois nous apprend les raisons de son voyage, nous fait le récit de la flotte puissante, des imposants navires et de leur équipage. Un joueur d'ombres indonésien nous présente l'affrontement entre Zheng He et de hargneux pirates au moyen d'un spectacle d'ombres traditionnel appelé Wayang. Un moine indien nous raconte la relation très particulière que l'amiral qui était chinois et également musulman entretenait avec chaque religion. Un savant arabe échange des connaissances scientifiques avec les membres de l'expédition chinoise, un pêcheur africain leur apporte son aide pour faire monter sur le bateau des animaux sauvages ainsi qu'une girafe. Pour finir, une commerçante de Siam qui connaît les raisons économiques de l'expédition chinoise décide de les utiliser à son avantage.
Tous ces personnages n'utilisent pas de mots pour „raconter“ leur histoire, ils le font avec des images et avec une langue artistique inventée qui reflète exactement ce que les langues étrangères sont pour nos oreilles : un „tohu-bohu“ incompréhensible dont on ne devine le sens que grâce aux gestes, rencontres, objets et images. C'est toujours ainsi que l'échange, les voyages et les rencontres fonctionnent : les deux parties se rapprochent lentement et parviennent peu à peu à ressentir, à assimiler le monde et les intentions de l'autre partie.
L'action s'accompagne de musique traditionnelle tirée de ces espaces culturelles. Elle permet de comprendre que le rythme et les sons sont la base de toutes rencontres et de toutes formes de communication et font le lien entre les cultures et les hommes.
Langue et musique
La langue est le principal obstacle quand on rencontre des hommes de cultures différentes. On écoute les autres sans pour autant les comprendre ou plutôt : on comprend les gestes, les mimiques, la musicalité des voix, le rythme. On devine beaucoup et parfois on a même l'impression qu'on a compris toute l'histoire même si on ne maîtrise pas la langue. Toute notre pièce repose sur ce constat que nous nous efforçons de traduire par la langue et par la musique : nous avons inventé une langue pour chacun des pays visités, une langue qui est commune à toutes les langues et qui rappelle d'autres langues réelles grâce à la sonorité, l'intonation, la proportion de consommes et de voyelles, les copie et les reprend. Elle confère aux personnages une présence vocale sans utiliser de vrais mots. En outre, les récits sont reliés grâce un deuxième niveau de compréhension - celle de la musique et du rythme qui révèle par l'instrumentation la relation et les points communs entre les différentes cultures.
Personnages et film
Tous les personnages principaux, les „narrateurs“ sont des marionnettes grandeur nature qui ont été créées par Karin Schäfer spécialement pour cette pièce dans une nouvelle technique de marionnettes inventée par ses soins.
Ces marionnettes sont également mises en scène dans un cadre scénographique complètement nouveau présenté pour la première fois au sein de ce spectacle qui associe film d'animation et théâtre de marionnettes. La frontière entre film d'animation et théâtre est abolie, l'action se déroule en même temps sur les différents niveaux. Film et spectacle vivant sont une part de la même action sur scène, ils ne font pas que se „compléter“ mais ils forment une unité.
Les différentes surfaces de projection sont mobiles et sont déplacées à chaque nouvelle scène. Leur disposition fait partie intégrante du travail de scénographie et du jeu des personnages. Personnages, marionnettes et objets changent de niveau tout au long du spectacle. Le dessin d'un caractère chinois présenté sur la surface de projection peut prendre vie et sortir de son cadre pour devenir une marionnette en trois dimensions jouant sur scène où il pourra changer à nouveau pour redevenir une image et repartir dans la surface de projection.
Toutes les scènes du film d'animation ont également été dessinées, construites, animées, filmées et montées en différentes séquences ayant des dimensions, des formes et des durées variées pour pouvoir interagir avec le spectacle joué sur scène par l'équipe de la compagnie de théâtre de Karin Schäfer.
Cette création est l’une des plus coûteuses de notre compagnie. Nous avons mis plus de six mois à préparer le spectacle en débutant par les scènes d'animations et en élaborant en parallèle les scènes de jeu que nous avons également en partie montées et testées afin que l'interaction entre animation et jeu sur scène soit parfaite.
Nous avions déjà intégré aux arts visuels et au théâtre des séquences d'animation vidéo que nous avons créées nous-même et avons déjà expérimenté l'interaction entre animation et jeu sur scène dans deux de nos spectacles précédant „Bilder einer Ausstellung“ („Images d'une exposition“) et „Wind und weiter“ („Vent et après“).
En nous basant sur ces expériences, nous souhaitons aujourd'hui continuer à travailler sur les films d'animation, un média qui a de nombreux liens avec le théâtre de marionnettes auquel il „emprunte“ de nombreux éléments. Jamais un film d'animation n'avait été intégré à un spectacle de marionnettes. Il avait déjà été présenté sur scène dans le cadre d'un spectacle mais toujours comme un élément autonome. Aujourd'hui nous souhaitons intégrer le film d'animation au théâtre et créer une nouvelle unité entre ces deux éléments sur scène.
Première représentation
Novembre 2010 au DSCHUNGEL de VIENNE - théâtre pour les jeunes publics dans le MuseumsQuartier (MQ), Vienne, Autriche.
Spectacle disponible dans le cadre d’une tournée à partir de novembre 2010, pour plus d'informations :
info@figurentheater.at / +43 2167 3384
Karin Schäfer
a étudié le théâtre de marionnettes à Institut del Teatre de Barcelone (Espagne) où elle fonda sa première compagnie et travailla pendant plusieurs années. Depuis 1993, elle vit de nouveau en Autriche où le Karin Schäfer Figuren Theater a monté de nombreux spectacles sur différents thèmes, dans diverses techniques et destinés à des publics variés.
Sous le label “Visuelles Theater”, elle a créé une forme de théâtre où ce n'est pas le texte qui prédomine mais l'image, la fascination visuelle : des impressions et histoires optiques et magiques, compréhensibles par tous indépendamment de leur âge, origine ou lieu de résidence. Avec son équipe, elle se réapproprie et revisite les formes classiques du théâtre de marionnettes traditionnel et les étoffe avec de la danse, de la musique, des arts visuels et des nouveaux médias.
Tous les spectacles qu'elle a produits sont disponibles pour des tournées en Autriche et à l'étranger. Elle s'est déjà produite dans plus de 30 pays du monde entier et a reçu de nombreux prix dont le premier prix du International Festival of Solo-Puppeteers à Lodz, le "Premio Villanueva" à la Havanne pour le meilleur spectacle étranger de l'année ainsi que quatre récompenses lors du Shanghai International Puppet Theatre Festival dans le cadre de sa tournée au Japon et en Chine de 2009. Elle a également été récompensée par la fondation Lorenz Karall Stiftung en 2009 ainsi que par la fondation Burgenlandstiftung Theodor Kery en 2010.
Depuis 2003 elle dirige le festival de théâtre de marionnettes „PannOpticum“ qui se déroule à Neusiedl am See en Autriche et qui fait venir tous les deux ans les plus grandes personnalités du monde du théâtre de marionnettes en Autriche.
À l'automne 2008 la première de sa dernière production “Wind und weiter” (“Vent et après”) a eu lieu à la Konzerthaus de Vienne puis a été l'objet d'une tournée dans toute l'Autriche et a notamment été présentée en Allemagne et au Luxembourg.
Son plus grand succès “Bilder einer Ausstellung” avec Christopher Hinterhuber au piano a entre autre été joué dans le Konzerthaus de Vienne, au Museum der Moderne de Salzbourg et à la Philharmonie du Luxembourg. En mars 2010, elle a présenté pour la première fois cette pièce dans la version orchestrale de Ravel avec l'Izmir State Symphony Orchestra lors du Izmir Festival devant 1 250 spectateurs dans la deuxième plus grande salle de concert de Turquie. En juin 2010, les „Bilder“ seront joués avec le Jugendsinfonieorchester Dornbirn lors du Feldkirch Festival à Vorarlberg.
Pour préparer son spectacle actuel „Zheng He“, elle a mené des recherches en Chine, au Japon et à Bali pendant sa tournée en Asie. La compagnie Karin Schäfer Figuren Theater a été invitée à jouer dans le cadre de représentation unique, lors de tournées et de festivals pendant la saison 2009/2010 en Autriche, Allemagne, Turquie, Pologne, Serbie, Hongrie, Lituanie, Israël, Luxembourg, Chine et Japon et fait partie des compagnies autrichiennes de théâtre privé connaissant une renommée et un succès internationaux.
